Bien-être · Maison & matières

Humidité, chauffage, courants d’air : le confort de la maison en hiver

Dix-neuf degrés au thermostat ne font pas une maison confortable : l’humidité, les parois froides et les courants d’air comptent autant. Pièce par pièce, ce que recommandent l’ADEME, l’Anses, l’OQEI et Santé.fr pour chauffer juste, aérer sans grelotter et tenir les moisissures à distance.

La rédaction Renaissance Store

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Collection Les matières du repos

Canapé en velours côtelé vert olive éclairé par un lampadaire noir, mur crème baigné de lumière chaude, petite table d’appoint

En hiver, la maison se referme. On monte le thermostat, on tire les rideaux, on calfeutre ce qui siffle — et l’on s’étonne d’avoir encore froid, ou de trouver au réveil des gouttes sur les vitres. Le confort d’un logement en hiver ne tient pas à un chiffre. Il naît d’un équilibre entre trois réglages que l’on traite trop souvent séparément : la chaleur, l’humidité et le mouvement de l’air.

Trois grandeurs pour une seule sensation

Le guide de l’ADEME « Comment passer un hiver tout confort ? », dans son édition de décembre 2025, définit le confort thermique comme « la sensation de bien-être ressentie dans un bâtiment ». Elle ne dépend pas que de la température de l’air ou de la sensibilité de chacun : « un fort taux d’humidité, des courants d’air ou encore des murs froids » peuvent aussi être sources d’inconfort. Et le guide de préciser : « Avec un thermostat à 19 °C, vous pouvez avoir un ressenti de 16,5 °C ». Une paroi froide, un filet d’air sous la porte d’entrée suffisent à démentir l’affichage.

D’où une première règle de méthode : avant de monter le chauffage, chercher ce qui refroidit la pièce. Pour une maison construite avant 1974, le même guide, citant l’Observatoire DPE (2025), attribue en moyenne 31 % des pertes de chaleur aux murs, 14 % aux fenêtres et 27 % aux « fuites et air renouvelé ». Seule une bonne isolation, écrit l’ADEME, peut y remédier ; mais bien des gestes quotidiens comptent déjà.

Pièce par pièce, un thermostat qui suit la journée

Les repères de l’ADEME tiennent en quelques lignes. Dans les pièces de vie — salon, bureau —, 19 °C quand elles sont occupées, 16 à 17 °C quand elles ne le sont pas. Dans la chambre, 17 °C lorsqu’elle est inoccupée et la nuit. Dans une chambre d’enfant, 19 °C quand elle est occupée en journée, 17 °C la nuit. Dans la salle de bains, 22 °C le temps de s’en servir, 16 à 17 °C le reste du temps.

Ces repères sont des conseils ; la loi, elle, fixe un plafond. Le ministère de la Transition écologique rappelle que le Code de l’énergie fixe les limites supérieures de température de chauffage « en moyenne à 19° C » pour l’ensemble des pièces d’un logement (article R. 241-26). En cas d’absence, la limite moyenne descend à 16 °C pour une inoccupation de 24 à 48 heures, à 8 °C au-delà (article R. 241-27). Pour les logements qui hébergent des personnes âgées ou des enfants en bas âge, un arrêté de 1977 porte cette limite à 22 °C en moyenne.

L’outil de ces variations est le thermostat programmable, que l’ADEME conseille de compléter par des robinets thermostatiques sur les radiateurs pour ajuster les degrés pièce par pièce. L’agence chiffre l’enjeu : baisser la température de 1 °C, c’est 7 % d’énergie de chauffage économisée, et le thermostat d’ambiance programmable permet jusqu’à 15 % d’économies. Le jour, elle recommande de ne chauffer que les pièces occupées et de fermer les portes de celles qui ne le sont pas — cellier, couloir, chambre.

Entre 40 et 60 % : l’humidité, que l’on ne voit qu’à la tache

L’humidité est l’invisible de la maison. Le guide de l’ADEME « Un air sain chez soi » en dresse l’inventaire : cuisine, lavage des sols et de la vaisselle, séchage du linge, toilette, métabolisme humain, chauffages mobiles d’appoint au gaz ou au pétrole, mais aussi remontées capillaires, infiltrations et dégâts des eaux. Un adulte produit environ 55 g de vapeur d’eau à l’heure, une lessive environ 1 kg pendant qu’elle sèche. La vapeur d’eau n’est pas un polluant, précise le guide ; mais dans un logement humide, moisissures et acariens prolifèrent.

Un signe se voit pourtant : la buée sur les vitres. L’OQEI y lit la traduction d’« un excès d’humidité dans l’air intérieur », souvent associé à l’apparition de moisissures. Celles-ci, selon l’Anses, sont visibles dans 14 à 20 % des logements en France. Elles ne se voient pas toujours : lors de la campagne nationale Logements de l’OQAI, rapporte l’ADEME, 37 % des logements étudiés étaient contaminés, et 64 % de ces contaminations échappaient à un simple examen visuel. L’Anses fait état d’« effets avérés sur la santé respiratoire » ; une étude de l’OQEI parue en 2026, conduite par l’agence, place l’humidité et les moisissures juste après les particules fines parmi les fardeaux sanitaires évitables liés à l’air des logements.

Le repère partagé par l’ADEME, l’OQEI et Santé.fr est un taux d’humidité compris entre 40 et 60 %, que mesure un hygromètre. Santé.fr l’associe à « une pièce chauffée entre 18°C et 22°C ». Les gestes sont connus : aérer pendant la cuisson et après la toilette, sécher le linge dehors ou, à défaut, fenêtre ouverte, selon Santé.fr — et jamais sur les radiateurs, ajoute l’ADEME. Si le logement reste trop humide, l’agence conseille de vérifier les bouches d’aération et la ventilation, ou de recourir à un déshumidificateur.

Lorsque la tache est là, Santé.fr recommande de la nettoyer, soi-même avec un masque et des gants en caoutchouc si l’on ne souffre pas de pathologie respiratoire, ou de faire appel à un professionnel ; de ne jamais la camoufler sous une peinture ou un nouveau revêtement ; d’éviter le grattage à sec et l’aspirateur, qui mettent des particules en suspension. Reste à traiter la cause : l’OQEI rappelle que fuites et infiltrations sont les sources principales d’humidité excessive.

L’excès inverse existe aussi. Une revue de la littérature publiée en 2007 dans Environment International, celle-là même que cite l’ADEME pour sa fourchette, associe une humidité relative basse à davantage d’irritations oculaires signalées, et retient des études qu’un air autour de 40 % convient mieux aux yeux et aux voies respiratoires supérieures qu’un air sous 30 %. Elle part toutefois de gênes relevées au bureau. Avant de corriger un air que l’on croit sec, mieux vaut donc le mesurer ; le guide « Un air sain chez soi » range d’ailleurs les humidificateurs parmi les équipements où peuvent proliférer les légionelles.

Chasser le courant d’air, garder l’air qui circule

C’est le paradoxe de l’hiver : il faut à la fois fermer et ouvrir. Fermer à l’air parasite, ce froid qui entre sans qu’on l’ait invité. L’ADEME propose des bas de portes à l’entrée, au sous-sol ou au cellier, des joints isolants autour des fenêtres et des portes extérieures, de l’isolant dans les coffres de volets roulants, et la trappe du conduit de cheminée fermée quand on ne fait pas de feu. Mais l’agence pose aussitôt une limite : les bas de portes ne doivent pas bloquer « la circulation entre les pièces chauffées, essentielle au bon fonctionnement de la ventilation ».

Car l’air voulu, lui, doit passer. Le guide « Un air sain chez soi » demande de laisser sous les portes intérieures un espace d’environ 2 cm, de ne jamais boucher une entrée d’air ou une bouche d’extraction, et de ne pas éteindre la VMC, conçue pour fonctionner en permanence ; on pousse plutôt son débit au maximum en cuisinant ou sous la douche.

Reste l’aération. « Aérez 10 minutes par jour, même en hiver ! », écrit l’ADEME, qui demande d’éteindre les radiateurs avant d’ouvrir ; Santé publique France recommande « au moins 10 minutes par jour, hiver comme été », et Santé.fr, dans sa fiche consacrée à l’humidité, d’ouvrir en grand « au moins 10 minutes, deux fois par jour ». Pour la pièce où l’on dort, voyez notre article Aérer sa chambre.

Quand le jour tombe

Le soleil d’hiver est un chauffage gratuit : l’ADEME conseille d’ouvrir volets et rideaux en grand les jours ensoleillés, surtout côté sud et ouest. Le soir, c’est l’inverse. Volets fermés et rideaux tirés dès la nuit tombée ; des rideaux épais, au plus près des fenêtres, sans jamais couvrir les radiateurs, que l’on dégage aussi des meubles et du linge. Selon le guide, qui cite un document de l’ESSO (2018), les volets fermés réduisent jusqu’à 55 % les pertes de chaleur par les fenêtres. Ce moment où l’on referme la maison peut devenir le seuil d’une soirée à soi.

Un mot, enfin, sur les solutions de dépannage. L’ADEME déconseille les radiateurs d’appoint, peu performants ; en cas de nécessité, elle préfère un radiateur électrique rayonnant ou à bain d’huile à un appareil à combustible, au pétrole ou au gaz, plus dangereux — monoxyde de carbone, risque d’incendie — et moins bon pour l’air du logement. Santé.fr rappelle que le monoxyde de carbone intoxique chaque année en France près de 3 000 personnes et cause en moyenne une centaine de décès, et conseille de faire vérifier les appareils de chauffage par un professionnel chaque année avant l’hiver et de ne pas utiliser un chauffage d’appoint plus de deux heures de suite. Les flammes d’agrément n’en sont pas exemptes. « N’abusez pas des bougies ou de l’encens », demande le guide « Un air sain chez soi » : leur combustion dégage aussi du monoxyde de carbone. Nous y consacrons un texte : profiter des parfums d’intérieur sans abîmer l’air de la maison.

Ce qu’il faut retenir

  • Le confort d’hiver tient à trois grandeurs : la température de l’air, l’humidité et l’absence de courants d’air et de parois froides ; un thermostat à 19 °C peut laisser un ressenti de 16,5 °C.
  • Repères de l’ADEME : 19 °C dans les pièces de vie occupées, 17 °C dans la chambre la nuit, 22 °C dans la salle de bains le temps de s’en servir, 16 à 17 °C dans les pièces de vie inoccupées ; le Code de l’énergie plafonne la moyenne du logement à 19 °C.
  • Une humidité entre 40 et 60 %, vérifiée à l’hygromètre : aérer en cuisinant et après la toilette, sécher le linge dehors ou fenêtre ouverte, jamais sur un radiateur.
  • Calfeutrer les fuites d’air froid, mais jamais les entrées d’air, les bouches d’extraction ni le passage sous les portes ; ouvrir en grand au moins 10 minutes par jour, radiateurs coupés.

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