Beauté · Gestes & rituels

Brosser, peigner : le geste avant l’outil

Cent coups de brosse par jour ? L’Académie américaine de dermatologie y voit un mythe. Sens du démêlage, cheveux mouillés ou secs, chaleur des appareils, matière des peignes : ce que disent les recommandations publiques et la mémoire des peigniers.

La rédaction Renaissance Store

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Collection La beauté du geste

Six peignes en bois de formes différentes disposés sur fond blanc

On prête volontiers à la brosse des vertus qu’elle n’a pas, et l’on accorde trop peu d’attention à la manière de la tenir. Les recommandations publiques des dermatologues, sobres et convergentes, s’intéressent moins à l’objet qu’au geste : par où commencer, quand peigner, à quelle température sécher, avec quelle tension coiffer. L’histoire des peigniers, elle, rappelle que l’outil fut longtemps un objet de métier. Nous avons relu ces deux ensembles de textes, en distinguant toujours ce qu’ils disent de ce que nous en lisons, pour en tirer une manière de faire — dans l’esprit de la beauté du geste, qui préfère l’attention à l’accumulation.

Cent coups de brosse : l’adieu à un mythe

La consigne est familière : cent coups de brosse chaque soir. L’American Academy of Dermatology (AAD), qui réunit les dermatologues américains, la range sans détour parmi les habitudes qui abîment les cheveux. Sur sa page consacrée à dix gestes à corriger, elle écrit que les cheveux n’ont jamais besoin de cent coups de brosse par jour, et que c’est un mythe. Elle y associe une autre habitude à revoir : tirer sur ses cheveux pour les coiffer. Brosse et peigne servent à coiffer, pas à accomplir un rituel de répétition.

L’idée voisine, selon laquelle stimuler le cuir chevelu favoriserait la pousse, ne trouve pas davantage d’appui. Dans sa fiche consacrée à l’alopécie, Dermato-INFO, le site grand public de la Société française de dermatologie, range les massages du crâne parmi les idées reçues : même s’ils sont agréables, lit‑on, « les massages sont inutiles pour prévenir la chute des cheveux et ne stimulent pas la pousse ». Le plaisir du geste est réel ; il n’a pas besoin d’une promesse pour exister.

Reste un constat qui rassure : trouver des cheveux dans sa brosse n’a, en soi, rien d’anormal. Selon l’AAD, il est normal d’en perdre entre 50 et 100 par jour. Ce qui doit alerter, c’est une chute qui paraît inhabituelle ou importante — et la réponse, alors, n’est plus un accessoire mais une consultation.

Par les pointes, en remontant, sans tirer

Le sens du geste compte davantage que sa fréquence. L’AAD recommande de peigner lentement les pointes d’abord, puis de remonter progressivement, pour démêler en limitant les dommages. À notre sens, la logique en est simple : commencer par la racine revient à pousser chaque nœud vers le bas et à l’y serrer ; commencer par le bas permet de le défaire là où il se trouve. L’outil privilégié est le peigne à dents larges, manié sans brusquerie ; l’AAD conseille de défaire les nœuds doucement, sans tirer.

La même retenue vaut pour la coiffure qui suit. Parmi les habitudes à corriger, l’AAD cite les cheveux tirés serré en queue-de-cheval, en chignon ou en tresses plaquées, et propose de les attacher plus lâchement, avec des élastiques gainés conçus pour les cheveux. Dermato-INFO décrit le même risque sous le nom de traction : toute traction importante sur les cheveux peut entraîner une alopécie dite de traction. Le site conseille de ne pas poser barrettes et élastiques trop serrés et, surtout, de ne pas les mettre toujours au même endroit. Varier la place d’une pince est un geste minuscule ; il fait pourtant partie des recommandations.

Mouillés ou secs : choisir le moment

C’est le point sur lequel les conseils sont les plus précis. Selon l’AAD, le cheveu est fragile lorsqu’il est mouillé : pour le démêler, on prend un peigne à dents larges plutôt qu’une brosse. La page de l’AAD consacrée aux habitudes à corriger compte d’ailleurs le brossage des cheveux mouillés parmi elles.

Le bon moment dépend ensuite de la nature du cheveu. Pour des cheveux raides, l’AAD conseille de les laisser sécher un peu avant de les peigner doucement. Pour des cheveux texturés ou très bouclés, c’est l’inverse : on les peigne toujours lorsqu’ils sont encore humides, avec un peigne à dents larges. Pour des cheveux épais et bouclés, le meilleur moment, selon la même source, se situe sous la douche, avant de rincer l’après-shampooing. Il n’y a donc pas une règle unique, mais une règle par type de cheveu — ce qui explique peut-être, à notre sens, que les conseils de comptoir se contredisent si souvent.

Le séchage à la serviette obéit à la même délicatesse. Frotter vigoureusement peut abîmer les cheveux, prévient l’AAD ; elle recommande de les envelopper dans une serviette, ou dans un t-shirt, pour absorber doucement l’eau, puis de les laisser sécher à l’air quand c’est possible.

La chaleur, une affaire de distance et de mesure

Sur les appareils chauffants, les recommandations convergent. Quel que soit le type de cheveu, écrit l’AAD, une chaleur excessive peut l’abîmer. Elle conseille de limiter l’usage du sèche-cheveux, des fers à lisser et à boucler, de choisir des réglages bas ou moyens, et ailleurs le réglage le plus bas ; de réduire le temps de contact d’un peigne chauffant ou d’un fer ; de laisser sécher à l’air quand c’est possible ; et de viser un usage de ces outils une fois par semaine, voire moins. L’AAD mentionne aussi l’emploi d’un produit de protection contre la chaleur ; nous n’en recommandons aucun, et renvoyons, pour qui en utilise un, à la lecture attentive de son mode d’emploi — voyez notre guide de lecture d’une étiquette cosmétique.

Dermato-INFO précise le mécanisme en des termes très concrets : il est déconseillé d’utiliser un sèche-cheveux très chaud tenu trop près de la tête, car la chaleur peut entraîner une évaporation trop rapide de l’eau et la formation de bulles dans les cheveux, qui cassent alors facilement.

Une étude de laboratoire publiée en 2011 dans les Annals of Dermatology nuance pourtant l’opposition attendue entre séchoir et air libre. Ses auteurs ont lavé et séché trente fois des mèches de cheveux, dans quatre conditions : à l’air ambiant, ou au sèche-cheveux à 15, 10 et 5 cm. Les dommages de surface augmentaient avec la température ; mais seul le séchage naturel a altéré une structure interne du cheveu, le complexe membranaire cellulaire, ce que les auteurs rapprochent, à titre d’hypothèse, d’un contact prolongé avec l’eau. Leur conclusion : le sèche-cheveux cause certes davantage de dommages de surface que le séchage naturel, mais, tenu à 15 cm et en mouvement continu, il abîme moins que lui. Ce mouvement continu, précisons-le, n’apparaît que dans la conclusion : la méthode décrit seulement une distance et une durée pour chaque groupe. Il s’agit d’une seule expérience, menée sur des mèches et non sur des personnes ; elle ne suffit pas à renverser les recommandations publiques, qui conseillent toujours de laisser sécher à l’air quand c’est possible. À notre lecture, elle rappelle surtout que la distance, la température et la durée comptent au moins autant que le choix d’utiliser ou non un appareil.

Buis, corne, poils : ce que racontent les matières

Si les dermatologues parlent de la forme de l’outil — des dents larges —, l’histoire en raconte la matière. Le ministère de la Culture a inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel, en 2019, la fabrication de peignes de toilette en corne naturelle en Pays d’Olmes, en Ariège. La fiche, rédigée par la chercheuse Mathilde Lamothe, retrace une longue généalogie. Des échanges de peignes en buis sont attestés dès 1428 entre Laroque-d’Olmes, Douai et Genève ; on travaillait surtout le buis, mais aussi le hêtre, l’alisier, le sorbier ou l’aubépine. À partir des années 1850-1860, la corne prend le relais, moins par pénurie de bois que pour la valeur supérieure de l’objet et le goût de l’époque. La production culmine dans le premier tiers du XXe siècle : la fiche cite, pour 1930, 35 usines, 1 500 ouvriers et 30 millions de peignes. Puis viennent les peignes synthétiques, qui la concurrencent fortement à partir des années 1960 ; en 2019, la fiche notait que le savoir-faire n’était plus détenu que par quelques rares artisans en Ariège.

La fabrication elle-même dit ce qu’est un beau peigne. La corne est chauffée — la fiche situe vers 175 °C le point où la kératine se ramollit —, ouverte, aplatie, puis découpée selon un gabarit. Viennent la denture, le planetage, qui ôte à la meule les aspérités laissées entre les dents, puis le perlage et l’appointage, qui affinent l’extrémité des dents et en évident la base « pour permettre au peigne de bien glisser dans les cheveux ». Ponçage et polissage achèvent l’objet. En atelier artisanal, note la fiche, un peigne demande une trentaine de minutes. À notre lecture, ces étapes donnent un critère d’observation simple, valable pour toute matière : des dents régulières, sans bavure à leur base, à l’extrémité soigneusement finie.

La fiche avance enfin un argument en faveur de la corne : le plastique, composé de stries, risquerait davantage d’abîmer les cheveux, tandis que la corne, faite de kératine, serait naturellement antistatique. Nous le citons comme tel. Nous n’avons trouvé, dans les sources dermatologiques consultées, aucune comparaison des matières : leurs recommandations portent sur la forme et l’usage de l’outil. Il en va de même pour les brosses à poils naturels : aucune des sources institutionnelles ou scientifiques que nous avons lues n’établit leur avantage. Le choix d’une matière relève donc du goût, de la provenance et de la facture — ce qui n’est pas rien —, et le soin du cheveu, de la main qui tient l’outil.

Ce qu’il faut retenir

  • Les cheveux n’ont pas besoin de cent coups de brosse par jour : l’AAD y voit un mythe et recommande de brosser et peigner pour coiffer, sans tirer.
  • On démêle en commençant par les pointes, puis en remontant, avec un peigne à dents larges ; mouillés, les cheveux se démêlent au peigne plutôt qu’à la brosse, à un moment qui dépend de leur nature.
  • La chaleur se dose : réglage bas, sèche-cheveux ni trop chaud ni trop près de la tête, usage limité des fers, séchage à l’air quand c’est possible.
  • Buis, corne ou poils : la matière raconte un savoir-faire ; les sources dermatologiques consultées, elles, ne jugent que la forme de l’outil et la façon de s’en servir.

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