Beauté · Composition & étiquettes

Le nom latin d’une huile, et tout ce qu’il ne dit pas

Sur une liste d’ingrédients, une huile végétale se reconnaît à son nom latin. Ce nom désigne une plante, souvent une partie de celle-ci, mais ni une provenance, ni un mode d’extraction, ni une qualité. Lecture d’un glossaire européen, puis de ce qui fait vieillir une huile : l’air, la lumière, la chaleur.

La rédaction Renaissance Store

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Collection Derrière l’étiquette

Vue plongeante : une main verse une huile claire d’un petit flacon dépoli sans étiquette dans un mortier en pierre garni de pétales et de sel rose

« PRUNUS AMYGDALUS DULCIS OIL. » Trois mots latins, un mot anglais, et l’on reconnaît l’huile d’amande douce. Les huiles végétales sont faciles à repérer dans une liste INCI, et pourtant mal lues. On prête volontiers à leur nom une précision qu’il n’a pas : une provenance, un mode d’extraction, un degré de qualité. Ce texte reprend ces noms à leur source — le glossaire officiel de l’Union européenne et la base CosIng de la Commission —, puis s’arrête sur ce qui, une fois le flacon ouvert, compte autant que le nom : la façon dont une huile vieillit.

Un glossaire européen de plus de 30 000 noms

L’article 19 du règlement (CE) n° 1223/2009 impose de rédiger la liste des ingrédients d’un cosmétique avec la « dénomination commune » de chacun, établie dans un glossaire que la Commission tient à jour au titre de l’article 33. Ce glossaire prend en compte les nomenclatures internationales, « notamment » la nomenclature INCI.

Établi en 2019 par la décision (UE) 2019/701, qui prenait la suite d’un inventaire de 1996, ce glossaire a été remplacé par la décision d’exécution (UE) 2022/677, applicable à partir du 29 avril 2023, puis par la décision d’exécution (UE) 2025/1175, applicable depuis le 30 juillet 2026. Son annexe compte 30 418 entrées numérotées. La Commission indique l’avoir mis à jour à partir, notamment, des nouvelles dénominations INCI publiées par le Conseil des produits de soins personnels. Le règlement prend soin de préciser que ce glossaire « ne constitue pas une liste des substances dont l’utilisation est autorisée » : un nom bien formé n’est pas un brevet de conformité.

La place d’une huile dans la liste dépend, elle, de son poids : les ingrédients figurent dans l’ordre décroissant de leur importance pondérale au moment de leur incorporation, ceux présents à moins de 1 % pouvant suivre dans le désordre. Nous détaillons cette grammaire dans notre dossier sur la lecture d’une étiquette cosmétique.

Genre, espèce, partie de la plante : une règle à exceptions

À parcourir le glossaire, un dessin récurrent se dégage. D’abord le genre et l’espèce, en latin botanique ; puis la partie de la plante, en anglais ; enfin la nature de l’ingrédient. HELIANTHUS ANNUUS SEED OIL désigne l’huile de graines de tournesol ; ARGANIA SPINOSA KERNEL OIL, celle des amandes de l’arganier ; OLEA EUROPAEA FRUIT OIL, celle du fruit de l’olivier. Le dernier mot peut changer : BUTYROSPERMUM PARKII BUTTER, pour le beurre de karité, que CosIng décrit comme une graisse tirée du fruit de l’arbre.

Ce dessin connaît des exceptions, et la première touche l’exemple qui ouvre ce texte. PRUNUS AMYGDALUS DULCIS OIL ne nomme aucune partie de la plante ; PERSEA GRATISSIMA OIL (l’avocat) et COCOS NUCIFERA OIL (le coco) non plus. La précision figure dans les descriptions, en anglais, de la base CosIng. L’huile d’amande douce y est l’huile obtenue à partir de l’amande de la graine mûre de l’amandier doux ; celle d’avocat, l’huile obtenue en pressant la chair du fruit, tranchée et déshydratée ; celle de coco, l’huile obtenue par expression des amandes des graines du cocotier. Ces descriptions ne sont pas exigées sur l’emballage.

La deuxième exception tient à la langue. Le latin n’est pas la règle universelle : CANOLA OIL est un nom anglais, et certains dérivés reprennent le nom courant, en anglais, de l’huile dont ils sont issus — HYDROGENATED OLIVE OIL, HYDROGENATED SWEET ALMOND OIL, HYDROGENATED AVOCADO OIL —, quand l’argan donne HYDROGENATED ARGANIA SPINOSA KERNEL OIL.

La troisième est la plus déroutante. Le glossaire contient VEGETABLE OIL et son équivalent latin, OLUS OIL. CosIng décrit l’une et l’autre dans les mêmes termes — une huile exprimée d’origine végétale, constituée principalement de triglycérides d’acides gras — et leur attribue les mêmes numéros CAS et CE. Une liste qui porte ces mots ne dit donc pas de quelle espèce vient l’huile.

Ce que le nom révèle, et ce qu’il tait

Le nom dit parfois davantage qu’une espèce. Il signale une transformation : CosIng décrit HYDROGENATED OLIVE OIL comme le produit final de l’hydrogénation contrôlée de l’huile d’olive, et OLEA EUROPAEA OIL UNSAPONIFIABLES comme la fraction de l’huile d’olive qui n’est pas saponifiée lors de la récupération de ses acides gras au raffinage. Il signale aussi, plus rarement, une composition : HELIANTHUS ANNUUS HYBRID OIL est l’huile des graines d’une souche hybride de tournesol à dominante d’acide oléique, distincte, précise la fiche, de l’huile de graines de tournesol.

Il tait en revanche trois choses.

La provenance. Aucune des fiches que nous avons consultées ne mentionne un pays ou une région : le glossaire nomme des plantes, pas des terroirs. La mention d’origine prévue par l’article 19 concerne le produit fini : il exige d’indiquer le pays d’origine des cosmétiques importés, non celui de leurs ingrédients.

Le procédé. Nous avons cherché dans les 30 418 entrées du glossaire les mots « virgin », « cold », « refined » et « organic » : aucun n’y figure comme qualificatif. La nomenclature sait pourtant distinguer un procédé lorsqu’elle l’a prévu — pour l’écorce de citron vert, elle connaît CITRUS AURANTIFOLIA PEEL OIL DISTILLED et CITRUS AURANTIFOLIA PEEL OIL EXPRESSED. Le contraste est net avec l’huile d’olive alimentaire. Le règlement (UE) n° 1308/2013, qui organise les marchés agricoles, rend obligatoires huit dénominations pour les huiles d’olive et de grignons d’olive, parmi lesquelles l’« huile d’olive vierge extra » — obtenue uniquement par des procédés mécaniques ou d’autres procédés physiques, avec une acidité libre d’au plus 0,8 g pour 100 g — et l’« huile d’olive raffinée ». Ces catégories relèvent du droit agricole, non du règlement cosmétique. Sur une liste INCI, une seule dénomination demeure : OLEA EUROPAEA FRUIT OIL, que CosIng décrit comme l’huile obtenue à partir du fruit mûr de l’olivier, sans préciser ni pression ni raffinage.

La qualité. Le nom ne la mesure pas, et CosIng pas davantage : la base se présente comme une source d’information sans valeur juridique contraignante et précise que l’inscription d’un ingrédient à son inventaire ne vaut pas autorisation.

Restent les mentions portées ailleurs sur l’emballage, comme « vierge » ou « pressée à froid ». Elles ne relèvent pas du glossaire mais des allégations, et l’article 20 du règlement interdit d’attribuer à un produit des caractéristiques ou des fonctions qu’il ne possède pas. Nous examinons ce vocabulaire dans notre lexique des mots du marketing cosmétique.

Une matière qui vieillit : l’air, la lumière, la chaleur

Une revue scientifique publiée en 2025 dans Food Chemistry: X, consacrée aux huiles végétales alimentaires, en décrit le mécanisme ; nous n’en retenons que la chimie de la matière, non ce qu’elle dit de la santé. L’oxydation commence par la formation de produits primaires, hydroperoxydes et peroxydes, qui se transforment rapidement en composés volatils responsables de l’altération du goût que l’on nomme rancissement oxydatif.

La revue en détaille les accélérateurs. L’oxygène d’abord : il se dissout dans l’huile, d’autant plus que l’air enfermé au-dessus d’elle, dans l’espace de tête du flacon, en contient davantage. La lumière ensuite : certains composants, comme la chlorophylle et d’autres pigments, l’absorbent et transforment l’oxygène en oxygène singulet, une forme très réactive ; la stabilité d’une huile est mieux préservée à l’abri de la lumière. La chaleur, que les auteurs comptent parmi les facteurs les plus importants : ils rapportent que la vitesse d’oxydation double généralement à chaque hausse de 10 °C. Les métaux, enfin, présents à l’état de traces.

La composition compte aussi. Selon la même revue, les acides gras polyinsaturés s’oxydent plus vite que les monoinsaturés, et une huile de tournesol riche en acide oléique est plus stable à l’oxydation qu’une huile riche en acide linoléique. Avec HELIANTHUS ANNUUS HYBRID OIL, le nom INCI laisse entrevoir cette composition ; dans les autres exemples de ce texte, il n’en dit rien.

La revue range enfin les tocophérols parmi les antioxydants capables de ralentir l’oxydation. Sur une liste, le mot TOCOPHEROL n’explique pas sa présence : CosIng lui associe plusieurs fonctions, dont ANTIOXIDANT, et l’emballage ne précise pas laquelle motive son emploi.

Ce que l’emballage promet pour la conservation

Le règlement cosmétique traite la conservation sous l’angle du produit fini, non de l’huile seule. L’article 19 impose la date de durabilité minimale, celle jusqu’à laquelle le produit, « conservé dans des conditions appropriées », continue à remplir sa fonction initiale ; « en cas de besoin », elle est complétée par les conditions à respecter. Lorsque la durabilité minimale dépasse trente mois, cette date n’est plus obligatoire ; le produit indique alors, sauf si la notion n’est pas pertinente, la durée d’utilisation après ouverture, signalée par le symbole de l’annexe VII, point 2.

En amont, l’annexe I exige que le rapport sur la sécurité du produit couvre sa stabilité « dans des conditions de stockage raisonnablement prévisibles » ainsi que les caractéristiques du matériau d’emballage. Les lignes directrices adoptées par la Commission en 2013 vont plus loin : si la stabilité dépend des conditions de stockage, celles-ci sont indiquées sur l’étiquette lorsqu’elles concernent l’utilisateur ; elles relèvent que les essais de stabilité physique sont réalisés avec des conteneurs inertes et avec ceux destinés au marché ; enfin, « si la formulation est sensible à la lumière ou à l’air et pourrait se dégrader d’une façon qui nuit à la sécurité ou à l’efficacité du produit, un emballage approprié doit être utilisé ».

Une observation de la rédaction, pour finir : les conditions de conservation imprimées sur l’emballage renseignent davantage sur la tenue d’une huile que son nom latin. Garder un flacon bien fermé, à l’écart de la lumière et de la chaleur, revient à limiter les trois accélérateurs décrits plus haut. Nous revenons sur ces gestes dans notre article sur la conservation des soins.

Ce qu’il faut retenir

  • Le nom d’une huile sur une liste INCI vient du glossaire fixé par la décision d’exécution (UE) 2025/1175 : le plus souvent genre et espèce en latin, puis la partie de la plante — que PRUNUS AMYGDALUS DULCIS OIL omet, quand VEGETABLE OIL ne nomme aucune plante.
  • Ce nom ne dit ni la provenance, ni le mode d’extraction ou de raffinage (vierge, raffinée, pressée à froid), ni la qualité ; ces mentions, quand elles existent, sont des allégations soumises à l’article 20 du règlement.
  • L’oxygène, la lumière, la chaleur et la proportion d’acides gras polyinsaturés accélèrent l’oxydation d’une huile, selon une revue scientifique consacrée aux huiles alimentaires.
  • Date de durabilité, conditions de conservation et choix de l’emballage, encadrés par le règlement, en disent plus sur la tenue d’une huile que son nom.

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